Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

Introduction :

Les marchés financiers revêtent une importance croissante dans le système économique actuel et ont donc une forte influence sur l'économie réelle. De ce fait, le système financier international fait l’objet d’une attention particulière.

Nous verrons dans un premier temps les différentes situations dans lesquelles les marchés financiers peuvent entraîner des risques systémiques. Puis, nous nous intéresserons à la manière dont on peut encadrer les activités des marchés financiers afin de limiter ces risques. Enfin, nous terminerons par les moyens mis en place, et ceux qui pourraient potentiellement être adoptés, afin de réguler les marchés financiers.

Marchés financiers et risques systémiques

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Définition

Risque systémique :

On parle de risque systémique lorsqu’un événement entraîne par un effet « domino » des effets nuisibles démesurés à l’ensemble du système, occasionnant potentiellement une crise généralisée.

Les déséquilibres macroéconomiques

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Rappel

Le phénomène de globalisation financière a créé une interdépendance économique élevée entre les pays du monde. De ce fait, un événement sur une place financière donnée peut entraîner, par un effet « domino », des effets plus ou moins dommageables à d’autres endroits du monde.

Par ailleurs, des déséquilibres macroéconomiques internationaux peuvent engendrer une instabilité financière. Ainsi, les crises peuvent survenir à cause de déséquilibres durables des balances courantes à l’échelle mondiale. En effet, lorsque certains pays sont en excédent commercial, d’autres sont en déficit. Ceux qui sont en excédent disposent d’une épargne importante quand les pays déficitaires, eux, ont une épargne insuffisante. Cette épargne faible nécessite d’avoir recours à l’endettement afin de disposer de recettes pour financer les dépenses de l’État. Ce recours à l’endettement est plus facile lorsque les taux d’intérêt sont bas, ainsi, le coût de l’endettement n’est pas trop important.

Or, des taux d’intérêt bas signifient que les prêteurs sont peu rémunérés et donc peu enclins à prêter des fonds et n’incitent pas les ménages à épargner, ce qui accentue le ralentissement économique du pays concerné et les déséquilibres macroéconomiques.
De plus, le recours à l’endettement peut permettre de soutenir la croissance économique mais contribue à développer la sphère financière (l’endettement peut être financé par les marchés financiers). Or l’instabilité de ces derniers peut avoir des conséquences économiques préjudiciables pour le pays endetté, mais également de manière générale par un effet de contagion de la globalisation financière.

Les comportements mimétiques et les asymétries d’information peuvent également fragiliser le système économique à l’échelle internationale.

Anticipations mimétiques et aléa moral

En effet, on assiste parfois à des comportements mimétiques sur les marchés financiers pouvant créer une forte instabilité financière. C’est le cas lorsque plusieurs agents achètent un titre.

  • Ces achats répétés entraînent la hausse du cours, c’est pourquoi d’autres agents vont vouloir acheter le titre en espérant que le cours continue d’augmenter afin de le revendre et ainsi faire une plus-value.

Ces comportements mimétiques peuvent donc provoquer une forte évolution du cours des titres à la baisse ou à la hausse, atteignant des niveaux fortement éloignés de la valeur de base du titre en question. Lorsque ce niveau est jugé excessif par rapport à la valeur intrinsèque du titre, on parle de bulle spéculative. Ces comportements mimétiques peuvent entraîner un brusque effondrement du cours de plusieurs titres et ainsi engendrer un krach boursier, fragilisant le système économique dans son ensemble.

De la même façon, des dommages économiques généralisés peuvent se produire au travers de ce qu’on appelle un aléa moral.

  • Par exemple, certaines banques prennent des risques sur les marchés financiers en espérant dégager des gains car elles savent qu’en cas de faillite, l’État les soutiendra financièrement puisqu’il ne serait pas concevable que les épargnants perdent leur argent. Cela pousse donc certaines banques à prendre des risques inconsidérés car elles anticipent un soutien de l’État en cas de faillite ou de lourdes difficultés financières.

Ces différentes instabilités financières peuvent entrainer une forte volatilité des cours.

Le problème de la volatilité des cours

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Définition

Volatilité des cours :

On parle de volatilité pour désigner l’amplitude des variations d’un actif. On dit qu’un actif est volatile lorsqu’il varie fortement sur une courte période.

Les instabilités financières entraînent des évolutions importantes et inattendues de la valeur des titres.

  • Le prix du titre ne s’explique plus par la rencontre entre l’offre et la demande.

Cette volatilité peut entraîner l’apparition de chocs systémiques brutaux. Puisque les cours peuvent rapidement prendre ou perdre de la valeur, les agents réagissent également de manière brutale.

  • Des ventes massives peuvent survenir, l’offre devient supérieure à la demande, le prix baisse et un effondrement boursier s’opère, faisant naître un krach boursier qui peut avoir des conséquences économiques désastreuses.

La volatilité peut également dissuader les agents à capacité de financement de prêter des fonds en échange de titres puisque le cours de ces derniers est imprévisible. Ainsi, cela peut entraîner un assèchement de la liquidité sur le marché pouvant paralyser le système financier car les opérations financières deviennent impossibles.

Nous avons vu comment les déséquilibres ou dysfonctionnements des marchés financiers pouvaient générer une crise systémique, nous allons maintenant voir que certaines mesures ou précautions peuvent limiter ces crises ou du moins limiter la vulnérabilité du système.

Encadrement des activités financières à risques

Limiter ou prévenir l’action des fonds spéculatifs

Les fonds spéculatifs ont vocation à prendre de très grands risques, le plus souvent à court terme. La puissance et l’influence de ces fonds sont élevées. C’est là que réside le problème. La recherche de gains rapides et la prise de risque qui y est associée les rendent particulièrement instables.

Or, la chute d’un fonds spéculatif peut entraîner une forte baisse sur les marchés financiers. Ces derniers étant particulièrement reliés à l’économie dans son ensemble, cette chute peut engendrer un risque systémique qui peut aboutir à une crise économique.

  • La faillite de plusieurs fonds spéculatifs a d’ailleurs été un facteur déclenchant de la crise de 2008.

Ces fonds spéculatifs s’appuient à certains moments sur l’absence de réglementations ou les conditions favorables offertes par certains pays afin d'augmenter encore plus leur rentabilité. Un meilleur contrôle du système financier passera donc également par une lutte contre l’évasion fiscale.

Réduire l’évasion fiscale

En effet, un meilleur fonctionnement du système économique passera par un meilleur contrôle de l’évasion fiscale, la perte qu’elle représente pour l’État français étant évaluée à plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année.

Le problème de l’évasion fiscale repose sur le manque d’informations bancaires et financières des pays qui accueillent l’argent en question.

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À retenir

Les paradis fiscaux sont utilisés par les agents qui veulent échapper à la fiscalité dans le pays dans lequel ils ont créé de la richesse.

Néanmoins, ces pratiques seraient bien moins répandues sans la complicité des organismes bancaires qui incitent leurs clients à « optimiser » leur patrimoine.

Cela révèle donc un manque de coopération et un manque d’échanges d’informations qui peuvent être néfastes à l’économie de certains États, voire à l’économie toute entière puisque l’évasion fiscale alimente l’activité à risque des fonds spéculatifs.

Cette évasion fiscale s’est notamment développée via le « shadow banking » : la finance de l’ombre ou système bancaire parallèle. Il semble donc aujourd’hui primordial de tendre vers une transparence accrue des marchés afin de limiter ces activités qui flirtent avec l’illégalité.

Tendre vers une meilleure transparence des marchés

Les opérations effectuées au travers du « shadow banking » échappent aux régulations auxquelles doivent faire face les banques traditionnelles.

  • On considère que ce sont ces activités parallèles instables qui ont été responsables de la bulle spéculative durant la crise des subprimes de 2008.

En 2011, les membres du G20 ont recommandé de renforcer la régulation de ce genre d’activités et conseillé d’augmenter la surveillance du système.
En 2013, la Commission de Bruxelles a présenté un plan afin d’encadrer les risques inhérents au système. Cependant, on constate que les acteurs de la finance parallèle ont perduré, proposant sans cesse de nouveaux moyens de plus en plus sophistiqués de contourner la loi et laissant donc planer la menace d’une fragilisation du système financier.

Afin d’encadrer les marchés financiers, des mesures ont été prises pour limiter les risques systémiques.

La régulation des marchés financiers

La réglementation prudentielle

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Définition

Réglementation prudentielle :

Ensemble des règles qui encadrent la bonne conduite des banques afin d’empêcher que ces dernières ne fassent faillite. Cette réglementation impose de détenir un certain nombre de fonds propres. En effet, des fonds propres insuffisants peuvent mener à un manque de liquidités, pourtant indispensables pour assurer les services bancaires.

Cette réglementation vise également à limiter les interdépendances entre organismes bancaires. En effet, un établissement bancaire qui fait faillite et qui doit de l’argent à d’autres établissements peut entraîner la faillite de ces derniers.

C’est pourquoi plusieurs accords ont été instaurés depuis la fin des années 1980 à l’échelle européenne. Les accords de Bâle III en 2010, qui succèdent aux accords de Bâle I en 1988 et aux accords de Bâle II en 2006, visent à redéfinir les règles établies : la nature des fonds propres y est explicitée, de même que l’obligation des banques de détenir un montant minimal de liquidités au vu de la nature des titres qu’elles possèdent.

La régulation des marchés financiers et un fonctionnement plus sain de ces derniers passera également par un contrôle plus abouti des agents et des activités.

Le contrôle des agents et des activités

Les banques centrales, qui sont à la tête des marchés financiers, encadrent désormais les activités des banques commerciales en leur imposant de détenir des bilans sains si elles souhaitent emprunter des liquidités.

De la même façon, afin d’éviter l’apparition de risques systémiques, la croissance des institutions financières est surveillée. En effet, certaines institutions financières, lorsqu’elles deviennent suffisamment importantes, considèrent qu’elles peuvent prendre davantage de risques.

En outre, les activités des agences de notation font l’objet de discussion afin de limiter les conflits d’intérêts auxquels elles font face.
En effet, il y a 3 principales agences de notation : Moody’s, Fitch et Standard and Poor’s. Or, ces agences de notation sont payées par les émetteurs des titres qu’elles évaluent. Plus un titre reçoit une bonne note, plus il a de chances d’être vendu à un prix élevé. Les agences de notation n’ont donc pas d’intérêt à attribuer des notes basses si elles veulent conserver leurs clients.
De plus, ces agences peuvent également facturer des services de conseil aux émetteurs de titres puis évaluer ces titres. Il y a donc un véritable conflit d’intérêts.

D’autres pistes sont également envisagées afin de réguler les marchés financiers à l’échelle internationale.

Mécanismes incitatifs et coordination des politiques macroéconomiques

L’interdépendance des institutions financières pousse à envisager la mise en place d’un prêteur en dernier ressort à l’échelle internationale. Ce prêteur interviendrait pour prêter des fonds aux institutions ayant des problèmes de liquidités. Néanmoins, cela pourrait également entraîner l’apparition d’un aléa moral puisque les institutions sauraient qu’elles pourraient être sauvées en cas de besoin, ce qui pourrait donc favoriser leurs prises de risques.

Des discussions existent également au sujet de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières afin de limiter les comportements spéculatifs, mais cette trajectoire est peu probable.
Enfin, il serait intéressant de tendre vers une meilleure coordination des politiques internationales afin de favoriser un cadre économique mondial plus stable.

Conclusion :

La crise des subprimes de 2008 a laissé des séquelles, et les États et institutions ont depuis décidé de réguler les marchés financiers de manière plus stricte. Cette régulation passe par certaines prises de conscience (limiter l’action des fonds spéculatifs), mais également par des sujets sensibles sur lesquels peu de solutions efficaces ont aujourd’hui été mises en œuvre, notamment concernant l’évasion fiscale et la « finance de l’ombre » (shadow banking). Néanmoins, des moyens ont été déployés pour prévenir les risques systémiques tels que la réglementation prudentielle et l’encadrement des agents et des activités de façon plus autoritaire. Les débats continuent quant à l’optimisation de cette régulation financière à l’échelle internationale.

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