Fiche de lecture
« Ballade à son amie », François Villon
Contexte

La « Ballade à s’amie » ou « Ballade à son amie » fait partie du Testament, écrit en 1461, qui regroupe des ballades, lais et rondeaux. Le Testament, à la tonalité très mélancolique et écrit comme au bord de la mort, est une suite de legs fictifs, de confessions et de regrets. Il est difficile d’évaluer quelle est la part biographique de ces poèmes et quelle est la part d’invention : est-ce Villon lui-même qui parle ou est-ce un personnage littéraire ? Si on ne sait qui est ce « je » qui se met en scène ici, on peut du moins y voir également la figure d’un poète qui sait jouer aussi bien avec de merveilleuses inventions langagières qu’avec des expériences à la fois subjectives et propres à tout être humain.

Thèmes

L’amant martyr : Villon reprend ici le motif courtois de l’amant martyr. Mais s’il écrit un poème d’amour malheureux, en reprenant quelques figures traditionnelles de l’amour courtois, il donne à ce thème une coloration bien plus personnelle, plus subjective et plus réaliste : il semble pour le lecteur s’agir ici d’une tristesse réelle et non pas seulement littéraire.
Les acrostiches : Mais inversement, comme dans toute poésie amoureuse, cette tristesse est littéraire autant que réelle. En témoigne la très grande inventivité verbale de ce poème dont on a pu décrypter quelques clefs. Le poème repose en effet sur des acrostiches : la première lettre de chaque vers de la première strophe nous donne à lire le prénom de Villon, tandis que le même procédé, dans la deuxième strophe, permet de mettre à jour le prénom de Marthe, qui est sans doute celui de la femme aimée.
Une ballade en R : Cette ballade a également la particularité de voir chacun des vers se terminer par la lettre R. Villon l’a souligné lui-même dans les lignes qui précèdent immédiatement cette ballade, qu’il désigne comme la ballade « Qui se termine toute en R ».

Résumé

La ballade est une forme médiévale composée de 3 strophes et d’un envoi. L’envoi, comme chacune des strophes, se termine par le même vers qui constitue un refrain. Dans cette ballade, c’est le vers « sans empirer, un pauvre secourir » qui constitue le refrain.

Les strophes sont ici composées de 8 vers.

L’envoi est une apostrophe du poète à celui à qui est dédié le poème, le plus souvent appelé le Prince : il constitue une demande d’aide, généralement financière, de la part du poète.

Cette ballade, comme son nom l’indique, est une adresse de Villon à son amie, c’est-à-dire à la femme qu’il aime.

Première strophe

Villon évoque parallèlement la femme aimée, sa beauté et ses yeux, et la cruauté de cet amour qui le fait souffrir.

Deuxième strophe

Villon regrette de ne pas avoir fui pendant qu’il était encore temps. Il sait que cela ne lui est plus possible maintenant.

Troisième strophe

Villon évoque leur future vieillesse et invite la femme aimée à profiter du moment présent, sans faire souffrir ni lui ni un autre.

Envoi

Le retour du vers final prend ici une autre signification : il ne s’agit plus de soulager l’amant de sa souffrance amoureuse mais de secourir financièrement le pauvre poète.

Citation

« Fausse beauté qui tant me coûte cher,
Rude en effet, hypocrite douleur,
Amour dure plus que fer à mâcher, »
« Et qu’est-ce ci ? Mourrai sans coup férir ?
Ou Pitié veut, selon cette teneur,
Sans empirer, un pauvre secourir ? »
« Vieil je serai, vous laide, sans couleur ; Or buvez fort, tant que ru peut courir ;
Ne donnez pas à tous cette douleur,
Sans empirer, un pauvre secourir. »
« Prince (amoureux), des amants le graigneur,
Votre mal gré ne voudroie encourir,
Mais tout franc cœur doit, par Notre Seigneur,
Sans empirer, un pauvre secourir. »